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Archive pour décembre 2008

La réussite des projets se dessine aussi avant qu’ils ne commencent

Dimanche 28 décembre 2008

Voyez en ce moment les débats sur le groupe CMMI de Yahoo autour de la crise que traversent les constructeurs automobiles américains, et cette hypothèse qui plane par dessus qu’une des causes soit que les véhicules ne répondent pas aux besoins des consommateurs.

 

CMMI demande aux projets un gros effort pour recueillir et valider les exigences clients. Dans un contexte où il y a peu de clients cela génère des résultats fiables. Mais quand il y a de très nombreux clients, par exemple lors du développement de produits grand public, les équipes de développement passent par un interlocuteur intermédiaire, le marketing (ou la MOA pour les projets informatiques), qui a, lui, la tâche de recueillir les besoins des consommateurs, de les synthétiser, de faire des projections sur l’avenir, et des arbitrages stratégiques. CMMI amène les projets à approfondir et systématiser le dialogue entres les équipes de développement et ce client intermédiaire. Mais si ce dernier n’a pas suffisamment bien fait sa part d’écoute consommateurs, ou si les choix stratégiques marketing sont mal inspirés, le produit final aura quand même des résultats décevants. Alors quel est le plus difficile, marketing ou réalisation projet ?

Notre référentiel, à nous, vraiment différent

Samedi 27 décembre 2008

 

En passant du niveau CMMI 2 au 3 les projets d’une organisation passent d’un système dans lequel ils définissent eux-mêmes les règles qu’ils vont appliquer à un système dans lequel ils ajustent les règles définies par l’organisation à leurs propres spécificités.

 

En prenant un peu plus de hauteur on pourrait considérer que ce serait également un progrès de passer d’un système dans lequel chaque entreprise se définit son propre référentiel de gestion de projets (règles, guides, procédures …) à un système dans lequel chaque organisation reprend un référentiel défini par des professionnels des bonnes pratiques de gestion de projets pour l’adapter à ses spécificités propres.

 

Schématiquement :

 

niveau-de-definition-des-referentiels

 

 

Après plusieurs projets CMMI vous constatez que :

-        les référentiels de gestion de projets des entreprises se ressemblent tous

-        mais que malgré tout, à chaque fois, les consultants CMMI conseillent que l’entreprise forme des groupes de travail pour définir le référentiel “maison”

 

Pourquoi ? Parce que ainsi le référentiel sera mieux accepté quand il s’agira de le déployer.

 

Il ne fait aucun doute que des référentiels génériques comme CMMI ou Spice ne peuvent pas être repris tel quel, qu’ils doivent être adaptés aux spécificités des organisations une par une. Mais pourquoi réinventer la roue à chaque fois ? Les référentiels génériques ont été construits par des équipes expérimentées, des “professionnels du référentiel de gestion de projets”. Quels moyens une entreprise individuelle, même une grande, a-t-elle à opposer à cela ? D’ailleurs ces référentiels maison paraissent souvent bancals. Parfois ils sont aussi très bons mais justement, on perçoit l’effort immense qu’ils ont nécessité, et on se dit que cette énergie aurait aussi bien pu être consacrée au métier de l’entreprise.

 

Alors c’est vrai que construire un référentiel “à nous”, en impliquant de nombreuses personnes de l’entreprise, permet de paver la route pour le déploiement ultérieur. Mais je ne crois pas que ce soit la méthode la plus efficace pour parvenir à l’acceptation - il y en a d’autres qui n’impliquent pas que l’on réinvente tout un référentiel.

 

Dire que les troupes n’accepteront pas un référentiel étranger est faux également, à mon avis : nous acceptons bien les ordinateurs Dell ou HP que nous utilisons chaque jour, le bâtiment que nous n’avons pas construit, et le café que nous n’avons pas récolté nous-mêmes.

 

Alors oui, le référentiel est quelque chose d’un peu plus “sensible” que nos ordinateurs, notre bâtiment et notre café. Notre référentiel, c’est notre façon de travailler, ce sont nos lois, c’est ce qui nous “gouverne”, et ça, il faut que nous puissions le choisir pour l’accepter. Au-delà, notre référentiel est une partie de notre identité. D’ailleurs nous lui donnons un petit nom, c’est bien le nôtre.

 

Est-ce cela notre identité : une entreprise refermée sur soi, des individus jaloux de leur petit territoire ?

 

Il est vrai que créer notre propre référentiel nous permet d’exister, et d’exister en tant que groupe, avec une identité propre. A l’extrême, nous préférerions avoir également construit notre propre bâtiment, fabriqué nos propres ordinateurs, et que notre café vienne de nos propres plantations. Mais tout cela aurait un coût. Et je crois qu’un référentiel de gestion de projets fait partie de ce qui est trop cher à faire soi-même, par rapport à la satisfaction que nous pourrions en retirer, et le sens que cela donnerait à notre action d’entreprise.

 

Donc je recommanderais à une entreprise de choisir un référentiel générique existant et de le reprendre en l’adaptant à son activité spécifique. Le SEI permet que l’on reprenne le CMMI, qui est disponible sur son site. Rajoutez juste cette mention que votre référentiel d’entreprise est basé sur le modèle CMMI.

 

Le CMMI contre les héros

Lundi 22 décembre 2008

laocoon5

Le CMMI ne veut pas de héros. Mais que peuvent bien faire les héros alors si on leur ferme maintenant le monde des projets ? Pourquoi veut-on faire du projet ? Parce qu’il y a de l’incertitude, du challenge, du risque. Parce que si on veut de l’aventure, et en équipe, c’est cela qu’il faut faire.

 

Avec le CMMI, terminé. Les bureaucrates ont gagné.

 

Il est indéniable pourtant qu’avec CMMI :

  • les projets réussissent mieux (voir les statistiques sur le site du SEI (éditeur du CMMI))
  • les organisations se portent mieux
  • les personnes sont plus heureuses (je suppose) d’être sorties du sentiment de chaos et de médiocrité méthodologique des organisations indisciplinées

D’un autre côté, rien n’empêche les organisations qui sont CMMI d’encourager l’héroisme par ailleurs. On peut être bien organisé et malgré tout cultiver le dépassement de soi. Comment autrement atteindre une quelconque transcendance ?

 

Je pense que le SEI serait d’accord avec cela. Quand il stigmatise “l’héroisme”, il pense à la version pure des troupes barbares qui se lancent désordonnées contre les légions romaines bien rangées, et perdent.