CMMI en bref

 

Le CMMI, Capability Maturity Model Integration, est un ensemble de “bonnes pratiques” de gestion de projets et d’organisation en mode projets. Edité par le SEI, institut spécialisé américain, il est né d’un besoin initial du département de la défense américain d’évaluer ses fournisseurs. Axé projets informatiques initialement, le modèle s’est élargi pour traiter tous les projets de développement, y compris d’ingénierie système ou de R&D.

 

173 pratiques “spécifiques” sont regroupées en 22 grands “domaines de processus”, par exemple : planification de projet, surveillance et contrôle de projet, gestion des exigences, vérification, gestion de configuration, formation organisationnelle … Aux 173 pratiques “spécifiques” s’ajoutent 16 pratiques “génériques”, qui s’appliquent à chacun des domaines de processus, et résultent donc en 16×22=352 pratiques supplémentaires. Donc au total potentiellement 173+352=525 pratiques si l’on déploie l’ensemble du modèle.

 

Les 22 domaines de processus (avec leurs pratiques spécifiques), de même que les 16 pratiques génériques, sont classés par “niveaux de maturité”, allant de 2 à 5. Par exemple, atteindre le premier palier du CMMI, le niveau 2, exige de déployer 7 domaines de processus bien identifiés, avec l’ensemble de leurs pratiques spécifiques, plus les pratiques génériques afférentes au niveau 2. Le CMMI commence au niveau 2 parce que l’on estime qu’il n’existe pas d’organisation au niveau 0 : même une organisation très peu performante produit quelque chose.

 

A une représentation “étagée” du CMMI, avec ses niveaux de maturité, s’oppose une représentation “continue”, où une organisation choisit de déployer tel ou tel domaine de processus indépendamment de la hiérarchie des domaines de processus préconisée par le CMMI dans la représentation étagée.

 

Une organisation peut être “évaluée” selon le modèle CMMI, en représentation étagée (vous êtes évalué à tel ou tel niveau de maturité) ou en représentation continue (vous êtes évalué sur tel et tel domaine de processus au niveau “d’aptitude” x ou y). 80% des organisations choisissent la représentation étagée, selon les statistiques du SEI. Le “SCAMPI” est la méthode d’évaluation développée par le SEI pour le CMMI. Le Scampi A délivre un certificat officiel, les Scampi B et C servent à des évaluations plus légères, notamment pour les évaluations intermédiaires pendant un projet de déploiement.

 

Plutôt qu’une démarche d’amélioration sur mesure le CMMI propose aux organisations fonctionnant en mode projets un benchmark de bonnes pratiques déployables en l’état. L’argumentaire en faveur du modèle est basé sur des statistiques réalisées auprès d’entreprises l’ayant déployé et montrant les progrès réalisés en termes de qualité, coûts et délais de réalisation des projets. Les chiffres sont disponibles sur le site du SEI. L’argumentaire qualitatif : si vous n’investissez pas pour résoudre les problèmes structurels de votre organisation, vos projets seront en lutte permanente contre les problèmes symptomatiques.

 

Le SEI a construit le CMMI dans un esprit proche de celui qui anime la gestion de production : on identifie des processus et on en gère la variation. Les niveaux de maturité 4 et 5 mènent à une gestion quantitative des projets et l’amélioration continue se fait dans un esprit proche de 6 Sigma.

 

Le CMMI fut initialement créé au service d’un contexte, les contrats militaires, où les budgets et les risques sont élevés, et la contractualisation des relations entre les parties prenantes essentielle. A l’opposé, des contextes comme la création de sites web, par exemple, bénéficient d’approches plus souples, impliquant d’avantage le client sur un mode continu et relativement informel, ce que prônent les méthodes agiles depuis quelques années. Les consultants CMMI s’efforcent en ce moment de marier les deux approches.

 

Pour les DSI le CMMI est complémentaire à ITIL dont l’objet est l’exploitation informatique. CMMI est souvent en concurrence avec ISO qui contient également une section sur la gestion de projets, bien que son niveau de détail soit nettement moindre. Le SEI édite depuis peu maintenant deux autres “constellations” : CMMI-ACQ (un modèle pour l’acquisition de produits et services) et CMMI-SVC (CMMI for services, amené à concurrencer ITIL) cohabitent à présent avec CMMI-Dev (le modèle d’origine, dédié au développement, et dont nous avons parlé dans cette page).

 

Pour déployer CMMI les statistiques du SEI, basées sur les déploiements réalisés depuis sa création, prévoient 3 à 5% du budget RH de l’organisation concernée. Il faut compter en moyenne 2 ans pour passer d’un niveau de maturité au suivant.

 

Le tableau suivant détaille les 22 domaines de processus. De façon conventionnelle on reprend en français les mêmes sigles que les sigles anglais (REQM pour requirements management par exemple). La dernière colonne indique les 4 “catégories” dans lesquelles les domaines de processus peuvent également être classés.

 

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Vous pouvez trouver des informations plus détaillées sur le CMMI sur le site du SEI. Le modèle notamment y est téléchargeable en libre accès, dans ses versions françaises et anglaises.

 

Bon courage !

 

Thierry Talon

Consultant CMMI (vous l’aurez sûrement deviné)